Opposant artificiellement deux puissances, celle de la technique et celle de la nature, le film Avatar exprime d’une manière spectaculaire les tentations d’une époque. Le bruit et la fureur du blockbuster n’expliquent pas tout le succès du film. Le récit qu’il offre donne de nombreuses occasions de réfléchir.



 

Religiosité post chrétienne.

James Cameron utilise la beauté de la création, les arbres lumineux, les flocons esprits, les signes divins et le souvenir des dinosaures. Il mélange les créations successives avec des rhinocéros à têtes de requins marteaux et des ptérodactyles domesticables.

La légitime contemplation des beautés de l’œuvre du Créateur devient insensiblement une adoration de la créature. Adoration des machines ou de la science chez les uns, adoration de la nature chez les autres.

Cela masque dans ce film le Dieu unique, source de tout être sans qui rien de ce que nous touchons n’aurait de substance.

C’est la nature, et la maternité qui fait écran au Dieu Père. Comme les sectateurs du « New Age » et de Gaïa, la terre idéalisée, les Na’vis disent « Notre Mère » à la puissance indistincte de la nature au lieu de « Notre Père » à celui qui nous a donné son fils Jésus Christ. Au cours du film on voit apparaître un néo paganisme, avec fluides d’énergies, transmissions de pensée et force née de la maîtrise de l’esprit et de la nature.

Ce film qui efface l’incarnation et la rédemption n’avoue cependant pas sa part d’héritage chrétien. L’œuvre toute entière est une forme de repentance offerte en tribut aux indiens massacrés par les états-uniens et certains de ses personnages illustrent l’idée qui ceux qui combattent par l’épée périssent aussi par elle.  

 




Fascination pour la puissance.

La fascination toute occidentale et moderne pour l’efficacité et la puissance envahit tout le film, au-delà de l’opposition entre science et culture.  

Voler dans les airs, percer l’ennemi d’un coup de flèche et enfin monter toujours plus haut, c’est toujours chercher la croissance et l’efficacité.

L’objet le plus technique, scientifique, collectif et industriel qu’est un blockbuster d’animation en 3D fait paradoxalement un éloge de la simplicité des hommes sauvages et primitifs. Au milieu du tonnerre des explosions et des combats, il fait un éloge de la vie immobile d’un peuple attaché à son arbre sacré. Enfermant ses spectateurs dans des lunettes 3D il dit qu’il faut vivre naturellement, aves ses proches, en entretenant des relations directes les uns avec les autres.

La fascination pour la puissance technique ou spirituelle explique sans doute que la tendresse qui naît entre les deux héros soit décrite de manière si rapide. Ils se plaisent, mais leur amour n’a pas le temps de s’approfondir et de s’incarner dans le réel et la durée. Nous sommes privés de l’aventure plus essentielle de ce qui suit le « ils se marièrent et eurent beaucoup de petits Na’vis ».

 

Technique ou profondeur.

Nous ne savons pas encore assez bien utiliser la puissance que nous donne l’informatique. Nos banquiers chevauchant leurs instruments financiers sont aussi mal à l’aise qu’un ex marine bas de plafond chevauchant un ptérodactyle de synthèse.

Nous ne sommes pas encore habitués intérieurement à utiliser de manière contemplative et naturelle nos moyens techniques. Il nous manque les mots et la profondeur intérieure qui nous permettraient d’utiliser pleinement cette puissance que nous avons conquise.

La disparition des mots et du langage au profit des gestes et du symbole visuel est très avancée dans ce film. La réelle profondeur humaine de l’histoire est ainsi accessible à tous ceux qui n’accèdent pas complètement aux idées abstraites.

 

Reflet de l’esprit d’une époque.

Ce film critique le « tout, tout de suite » de ceux qui veulent conquérir une planète et détruire une civilisation pour obtenir un métal aussi précieux que l’or californien ou le coltan congolais que nous mettons dans nos téléphones.

« Venez à nous orages désirés » ; notre époque protégée de la guerre depuis longtemps rêve de muscle et de combats. Elle dessine des monstres surmultipliés et des explosions géantes pour se faire peur. Souhaitons qu’elle ne les vive pas réellement.

Soumis aux scientifiques et aux experts, notre temps nie aussi le pouvoir politique. Il est complètement absent du film. Ni la loi, ni les institutions ne sont là pour arbitrer entre la paix et la guerre, la science et le rêve, ou la force et la conscience.

« Avatar » a aussi été pris dans les grands débats d’aujourd’hui.

Les vierges effarouchées ont crié contre la tabagie de la scientifique de l’équipe.

Les policiers de la pensée se sont plutôt tournés vers son éloge du localisme et de ceux qui ont les pieds bien plantés dans cette terre qui ne ment décidément pas, surtout si elle est en images de synthèse.

 

Les multiples questions abordées par James Cameron dans ce grand spectacle ont le mérite de donner à penser, même s’il faut sans doute chercher dans la culture chrétienne des réponses plus simples et plus personnelles.