Stéphane Taillat, professeur d'histoire, en thèse sur la stratégie américaine en Irak nous offre en ce moment une lecture passionnante de la crise de Bassorah.
Il a le mérite d'éviter à la fois le récit d'un Vietnam sur Euphrate et les visions réalistes mais parfois unilatérales de ceux qui recensent les réels progrès de l'Irak, tels l'excellent "Meilleur des Mondes" qui transmet des chiffres : 80% de victimes civile sen moins, trois fois plus de voitures et dix fois plus de téléphones pour les irakiens.



Son blog "En Vérité : Narrations alternatives et contre-insurrection " : http://coinenirak.wordpress.com/ suit l'actualité des opérations militaires et en donne des éléments de compréhension.

Sa vision des opérations est nuancée.
La situation des contestataires chiites est délicate
"Moqtada Al SADR vient d’appeler à un cessez-le-feu en demandant à ses milices de se retirer des rues de BASSORAH ... En dépit du ton pessimiste de ma dernière note, je persiste à penser que SADR était dans un moment de relative infériorité ... Il en ressort que le front uni de ses adversaires, la campagne de communication visant à séparer les extrémistes des modérés (et les premiers de leur chef, qui s’est peu exprimé directement jusque ici) et la pression militaire l’incitent à faire “profil bas”. ...
Mais le gouvernement n'est pas tiré d'affaire pour autant.
-la contestation croissante au sein des partis politiques chiites contre l’assaut sur BASSORAH va de pair avec la dénonciation d’une mauvaise préparation.
-l’implication croissante de la Coalition démontre l’échec du “test” de l’opération irakienne.
-enfin, peut-être peut-on y lire une part d’hybris de la part de MALIKI et des Américains. Ayant cru que leurs succès réels vis à vis de la population sunnite pouvait être répliqué dans ce sud complexe et chiite, force leur est de constater qu’ils risquent peut-être de perdre les acquis sécuritaires de l’année écoulée, du moins à BAGDAD."


Il montre aussi que les blocs ethnico-religieux qui partagent l'Irak ne sont pas absolument monolithiques :
"Deux lignes supplémentaires de clivage apparaissent ainsi entre les diverses factions chiites à Bassorah comme au sein des instances gouvernementales et parlementaires au niveau national:
l’opposition entre centralistes et fédéralistes: sur ce point, le Premier Ministre MALIKI, favorable à un Etat central relativement fort, se rapproche de SADR et s’oppose ainsi au Conseil Suprême Islamique en Irak, partisan d’un Etat fédéral.
l’opposition entre les fédéralistes chiites favorable à une entité unique (le Conseil Suprême Islamique en Irak) et les fédéralistes favorables à une plus grande décentralisation et à la formation d’entités politiques sur une base géographique plutôt qu’ethnique (le parti FADHILA, dissident des JAM) (Source)"

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