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Annales histoire société christianisme / unvoyageauliban.2

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29 09 2011

Architectes moralisateurs

Commentaires d'archi chez fromage plus.



Les ponts apparaissent comme des ouvrages éminemment moraux. Et parmi les ponts, l’on préférera les ponts suspendus, tendus vers l’autre rive, plutôt que les ponts qui agressent l’environnement de leurs piliers. La mode est aussi à la transparence (cf. la fondation Cartier à Paris) et aux grandes fenêtres pour plus d’ouverture au monde. A l’inverse, les murs sont immoraux car ils mettent une frontière entre soi et l’Autre. Et les ouvrages fortifiés, les donjons, les châteaux cathares, représentent le summum de l’intolérance, du mépris, de l’entre-soi et de l’élitisme. / Derville.



Vous ne romancez qu’à peine. J’ai été en école d’architecture, un an et un peu plus d’un semestre, après j’ai pété les plombs, me faire ouvrier en Auvergne.
Je vais mieux. Mais la mentalité des profs d’archi était parfois tout à fait sidérante.
On avait un projet à la con (le cours de projet est, en gros, le corps de l’enseignement en architecture), on nous donnait une photo, il fallait imaginer une topologie, un lieu, puis y mettre une baraque avec une méga cheminée qui devait être l’âme de la maison.
Un peu par inadvertance, simplement parce que j’avais un plan carré, j’avais fait un truc assez marrant, avec une sorte de loggia d’artiste ou de plaisance au dernier étage, de grandes pièces distribuées assez simplement, enfin, pas de quoi casser trois pattes à un canard, mais une baraque largement vivable (et si on imaginait en plus un point de vue en hauteur sur un paysage méditerranéen, avec les cyprès qui ondulent nonchalamment et un ciel azur parfait, on était pas loin du bonheur terrestre).
Au début, malgré la faiblesse de la maquette (ce n’était vraiment pas mon fort), les deux profs ont apprécié, disant que çà faisait Palladio. Forcément, j’étais flatté.
Mais immédiatement, ils se sont mis à trouver des problèmes, à dire qu’il fallait que je me lâche (textuellement, ça restera gravé dans ma mémoire à vie).
Et là, un des profs saisit la maquette qui m’avait coûté une nuit blanche pas possible, et se met à dire que lui, il préfèrerais profiter du paysage, plutôt que de subir ces murs qui occultent la vue (j’avais pourtant collé de belles baies, larges et hautes), et pourquoi pas faire quelque chose comme ça, dit-il en arrachant négligemment les deux murs extérieurs du salon et de la cuisine.
Si, si, à son sens, il fallait se poser la question de savoir s’il n’était pas préférable d’avoir l’impression d’être dehors quelle que soit notre humeur et l’époque de l’année, malgré la grande loggia (deux tiers du dernier étage et ouverte sur trois cotés) sous le toit. En hiver, il fallait subir la vision de la neige, de la nuit qui tombe tôt et de la faible lumière, des arbres morts, et être victime en été de l’assommante lourdeur solaire de certains jours, de son éclat aveuglant, être exposé à sa chaleur épuisante, et en toute saison renoncer à son intimité. Renoncer au foyer, comme refuge de l’homme, comme cocon sacré où s’éloigner du monde, ou retrouver quelque chose du ventre maternel.
Je pense que c’est à ce moment que j’ai tout à fait réalisé que je ne pouvais vivre parmi ces gens-là. Gotfried.

08 09 2011

Versailles des jardins symboliques



Pourquoi telle statue ici et pas ailleurs, pourquoi de si beaux jardins ont-ils une iconographie si baroque ?



Photo Insecula

"Attenant aux Parterres Nord, un ensemble de cinq termes (Statue dont le tronc émerge d’une haute gaine) délimite un espace dit « Carrefour des Philosophes » : là, Apolonius de Rhodes, Isocrate, Théophraste et Lysias voisinent avec Ulysse. Il est communément admis, de nos jours, que Louis XIV se serait trompé en faisant placer Ulysse en ce lieu, alors que Platon, sur l’Allée de l’Automne, est face à Circé - emplacement plus indiqué pour Ulysse, nous dit-on (53 : p. 169), puisqu’il eut maille à partir avec cette douce beauté.
Si erreur il y avait, elle était un peu grosse ! Mais là n’était pas ma question...
N’ayant que peu ou pas rencontré, au cours de mes études, les philosophes énumérés ci-dessus, je cherchais qui furent ces sages figures. Leur biographie est aisément accessible (08). Je remarquai qu’ils connurent tous l’exil (voir p. 95), et cette épreuve fut aussi infligée à Ulysse dont la vie ne fut qu’un long exil (11).
Ainsi s’impose l’idée que ces statues sont regroupées pour manifester la donnée qui les réunit : le Point Commun. Nous sommes bien dans un dessein classique, gouverné par la théorie classique du Lieu Commun qui est point de rencontre (et non banalité). Alors, plutôt que d’accuser Louis XIV et ses artistes d’ignorance, je comprends que, non seulement ces termes de philosophes sont consciemment groupés avec celui d’Ulysse, mais aussi qu’ils ne pouvaient pas être en un autre lieu du Domaine."

Vincent Beurtheret : Versailles, des jardins vers ailleurs.

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