La presse française communie de manière irréfléchie à la liesse des manifestants egyptiens sans se poser des bonnes questions. Elle oublie que le plus difficile n'est pas de commencer une révolution, mais de la finir.

Comment faire pour passer d'une dictature à un régime de liberté ? Comment concilier le refus de la vengeance, le Droit et la Justice ?

- Espagne
Le Roi Juan Carlos d'Espagne y avait longuement réfléchi et il a défini des conditions essentielles pour une transition pacifique. Elle doit se faire en respectant les formes de la légalité précédente et en offrant aux hommes de l'ancien régime une protection juridique et des garanties matérielles.
Une bonne transition a aussi besoin de faire émerger des corps intermédiaires, des partis, des organisations et des syndicats.

- France
La question matérielle est complexe. La nationalisation de biens par l'Etat ou par la fortune privée de la famille dirigeante s'accompagne de vols et de favoritismes quand elle commence, mais aussi quand elle finit. La distribution des dépouilles des dirigeants vaincus est un moyen commode d'enraciner une révolution. La France l'a fait en vendant à bas prix les terres de l'Eglise et les vrais napolitains pour chasser les pro français révolutionnaires. Üne telle solution facile sur le moment porte en elle la continuation de la guerre civile.
La libération de la France en 1815 s'est faite à condition que les profiteurs de la révolution puissent garder leur butin et continuer leur propagande, ce qui a rendu le pays instable pour un siècle.

- Irak
Tout renverser et tout supprimer au nom de la justice n'est pas forcément une bonne chose. L'Irak a connu le chaos après le licenciement par les Etats Unis de tous les hommes liés au parti de Saddam Hussein. Ils ont constitué une résistance particulièrement désespérée. La dénazification de l'Allemagne n'est identique qu'en apparence. Elle n'a jugé que les chefs et les hommes de main les plus brutaux, et ferma les yeux sur la plupart des complicités. De nombreux hommes efficaces ont ainsi été récupérés.

- URSS et Europe de l'est
Les élections libres ont été introduites dans l'ancien système et les nouveaux élus ont mis fin à l'ordre anti-juridique communiste en changeant les lois. Le parti a été interdit, mais pas ses hommes. Les biens du parti ont été redistribués à ses membres dans une immense opération de blanchiment d'argent, puis capitalisés par les oligarches.
Le défaut de ce type de transitions est de laisser en place des discours et des mentalités issues de l'ancien système.