L’ouverture des frontières permet d’agiter la menace de délocalisations pour refuser des augmentations de salaires et pour imposer des restructurations brutales. Petit retour sur quelques actualités oubliées.

Venarey les Laumes, petit bourg de la Bourgogne profonde abrite une usine de tubes métalliques, des ouvriers aux trois huit, et une grève de dix jours pour 20 euros d’augmentation. Celle-ci a été refusée. Les syndicats n’ont plus de caisses de solidarité pour permettre a des ouvriers de tenir plus longtemps. Les dividendes versés aux actionnaires ont par contre augmenté de 1007% en six ans selon le reportage de France 2 sur le sujet. Le retour que Rue 89 fait sur un certain nombre de fermetures d’usines très médiatisées précise le tableau d’une forte pression sur les ouvriers français.

Les anciens de l’usine Continental, près de Compiègne ne se reclassent pas à 1600 euros brut, soit 80% de leur ancien salaire, mais autour de 1300 euros. Ils sont aussi victimes de refus d’embauche d’ouvriers considérés comme des « casseurs ». Certains d’entre eux avaient saccagé la préfecture de Compiègne. Les anciens de l’usine Molex de Villemur sur Tarn qui ont retrouvé du travail ont aussi connu une nette baisse de leurs salaires.

Dans l’usine Renault de Sandouville, la pression des délocalisations se fait sentir d’une autre manière. Le chômage partiel est largement utilisé en cas de besoin et l’usine attend depuis longtemps l’installation promise de la fabrication de nouveaux véhicules. Pendant ce temps Renault développe ses usines turques. Le salaire de Carlos Ghosn représente 557 fois le smic et 9 millions d’euros.

Géographiquement ces usines sont situées dans la France pauvre et largement ignorée par les médias des petites villes de province. Christophe Gully en parle dans son livre fractures françaises qui souligne que les banlieues ne sont pas les territoires français les plus pauvres. Des journalistes de gauche comme ceux de Rue 89 font donc le constat de la détresse des ouvriers français, sans se poser la question de la remise en cause du libre échange et du poids de l’immigration. Ils ne posent pas non plus le problème d’une assemblée nationale qui ne contient aucun député ouvrier.

L’idée chrétienne sociale d’une représentation politique des différents métiers serait pourtant un bon moyen de donner une voix a ces ouvriers dont on ne parle que pour dire qu’ils disparaissent.