50 milliards de positions, 5 milliards d’euros de pertes, c’est le procès de la folie financière, le procès du Trader Kerviel pose la question de l’aveuglement d’une des plus grosses banques mondiales. Toute la difficulté est de trouver des témoins qui acceptent de parler, et qui ne soient plus liées professionnellement à cette banque.
La défense de Kerviel a mis en évidence deux témoignages.
C’est tout d’abord l'enregistrement de deux traders, fait le matin du 24 janvier 2008, quelques heures avant que le nom de Kerviel sorte dans la presse. L'un travaille à la BNP, l'autre, est un proche de Kerviel.

Les deux hommes discutent de la perte due à la "fraude", et avancent le nom de Kerviel comme potentiel responsable. Il "traite pour des grosses parties", "des grosses tailles"  et est connu pour  "spieler" (jouer). La Société générale est décrite comme une banque qui spécule. "SocGen c’est une banque qui prend des risques.

Benoît Taillieu pour sa part est aujourd'hui retiré du monde de la finance, il affirme qu’il était impossible de ne pas savoir que Kerviel dépassait son mandat en déclarant une trésorerie d'1,4 milliards d'euros.  « C'est comme si Kerviel avait un mandat pour acheter 5 tonnes de fraises et qu'il se retrouve avec 50 tonnes de pommes de terre et que le contremaitre passe et ne voit rien ». Un résultat de 55 millions d'euros à la fin 2007 était « une performance exceptionnelle qui fait entrer Jérôme Kerviel dans les 10 ou 15 meilleurs traders de la Société générale  ». La Société générale ne pouvait pas l’ignorer.

La seule explication fournie par Taillieu, c'est que la Société générale cherchait à faire de l'argent, en étant peu regardantes sur les risques pris. Il raconte ainsi qu' « entre 1999 et 2006 », il a « vu une prise de risque grandissante et des mandats de plus risqués ». Et les supérieurs directs de Kerviel n'auraient fait qu'appliquer les règles non écrites qui étaient de laisser tranquille un trader qui gagnait de l'argent.