Le mythe du bon sauvage, version "civilisation européenne" mâtinée de néo-paganisme néglige oublie la brutalité de ces cultures pré-chrétiennes.



Homme de Tollund victime d'un sacrifice humain.
Qu'il en soit resté des traces dans le folklore européen ne signifie pas qu'il s'agisse actuellement d'une culture vivante. Si l'apport historique des libertés germaniques bouleversant l'Etat envahissant de l'empire romain ne doit pas être oublié, il ne faut pas faire des "barbares" un modèle de civilisation pour notre époque.

L'historien polonais Karol Modzelewski nous rappelle la violence des sociétés européennes avant Rome et le Christ

"Les règles d'organisation sociale des peuples barbares étaient très strictes, voire cruelles, mais il en allait de la survie de la tribu. Tous ceux qui étaient considérés comme une menace à l'ordre sacral de la communauté devaient être éliminés afin de sauvegarder les normes traditionnelles.
Dans la société barbare le groupe prime tout. Un homme libre est celui qui appartient à un groupe. Cette notion de la liberté refuse tout individualisme. Le pire châtiment pour un homme libre est d'être banni, chassé de la tribu, de voir sa maison brûler et d'être transformé en loup, comme dit la loi salique. Le banni est condamné à une mort sociale et à vivre à l'état de nature, à devenir une bête hors du monde organisé et maîtrisé par les hommes.
Le groupe fixe les codes de l'honneur, tel celui de l'obligation sacrale de la vengeance sanglante, la faïda des anciens Germains que l'on retrouve encore aujourd'hui dans la coutume albanaise. Les survivances des mythes et coutumes barbares ont été recouvertes par la christianisation mais, souterrainement, restent vivaces. Dans « la Germanie » de Tacite, écrite au ier siècle, et dans des textes du xiiie, on découvre souvent les mêmes informations concernant le rôle et la structure des oracles ou le statut de la femme au sein du groupe.
Les femmes barbares ne sont pas des esclaves. Leur personnalité juridique est reconnue. Mais dans ces sociétés très patriarcales, les femmes sont considérées comme incapables d'avoir une vie autonome et sont placées sous la tutelle du pouvoir masculin. Le pouvoir tutélaire était très fort. Il était un principe sacral du fonctionnement de la société. Si la mise sous tutelle des femmes était très stricte, il y avait aussi une forme de permissivité dans la morale sexuelle en ce qui concerne les relations entre hommes et femmes de situations sociales différentes. Les enfants nés de ces unions, ou liaisons, avaient les mêmes droits que les enfants nés d'un mariage officiel".

Le christiannisme n'aurait qu'imparfaitement recouvert le maintien de récits et de structures de vie traditionnelles païennes.
"Ainsi l'historien danois Saxo Grammaticus rapporte en 1168 un dialogue rituel chez les Rugiens entre un prêtre païen et le peuple réunis le jour où l'on fête la fin de la récolte du blé devant le temple de la divinité protectrice de la tribu. Le prêtre avait placé devant lui un immense pain. Il demanda au peuple : «Est-ce que vous me voyez?» Le peuple répondit oui. «Je vous souhaite, poursuivit le prêtre, de ne plus me voir l'année prochaine, car les pains me cacheront à votre vue, témoignage de l'abondance de la récolte.» Le même dialogue est rapporté par Aleksander Gieysztor dans la « Mythologie des Slaves ». Mais il s'agit d'un pope bulgare s'adressant à ses fidèles au début du xxe siècle le jour de fête d'un saint local. Malgré la christianisation, et huit siècles de distance entre ces deux événements, le dialogue rituel entre l'officiant et les fidèles est identique. Son origine païenne est attestée. La culture chrétienne n'était pas arrivée à effacer totalement l'apport barbare." Via le Nouvel Obs

Si cet historien présente la fin du paganisme comme "une action d'une rare violence" avec une politique de sacrilège anti païen systématique, nous pouvons tout de même nous féliciter du recul de la violence paîenne.
L'oubli du Christ nous conduit d'ailleurs à retrouver les idées d'élimination des faibles au nom de l'intérêt du groupe dont parle cet historien dans la pratique actuelle de l'avortement et de l'euthanasie.