Pierre Simon est mort, rappel de ses idées

« Ce combat n’est pas seulement technique, mais philosophique. La vie comme matériau, tel est le principe de la lutte. La révision du concept de vie par la contraception transformera la société dans son intégralité [...]. Ce n’est pas la mère seule, c’est la collectivité toute entière qui porte l’enfant en son sein. C’est elle qui décide s’il doit être engendré, s’il doit vivre ou mourir » (p. 13).
« La médecine doit façonner tous les jours un peu plus le visage et le destin des sociétés modernes. Cette intervention des médecins est rendue toujours plus nécessaire [...], les médecins, comme les autres scientifiques, doivent participer très concrètement au pouvoir » (p. 15).
« La bataille de la contraception fut beaucoup plus longue et pénible que la lutte pour l’avortement. Une fois la contraception entrée dans les mœurs et reconnue par la loi Neuwirth, l’avortement fut examiné en son temps. L’avenir nous donna raison. Pour inverser une formule célèbre : nous avions gagné la guerre, il ne nous restait plus qu’à livrer une bataille » (p. 98).

Pierre Simon, président de la Grande Loge de France et co-fondateur du Planning familial français, De la vie avant toute chose (Mazarine, 1979)




Si vous retrouvez le texte de la Loi Neuwirth, où vous retrouverez des textes qui ont été plus libérateurs après comme celui de la Loi Veil lorsque nous avons eu à traiter de l’avortement, car ce fut aussi notre travail, vous trouverez que les attendus sont : physiologie, gynécologie libératoire dans la mesure où nous avons redéfini la gynécologie comme étant le refus de l’état donné et pour construire en même temps une physiologie avec un accompagnement mental. La femme, l’individu, reprenait conscience qu’il est le seul Maître de sa destinée en matière de vie et qu’il lui appartient de décider de donner ou de refuser la vie. C’est un choix qui implique une réflexion philosophique basée aussi sur la connaissance de la physiologie.

eh bien mai 1968 c’était le même problème, la contestation était dans la rue. Et que réclamait la rue ? Le sexe !
C’était un des prétextes, mais il marchait bien puisque c’est lui qui faisait envahir la rue. Nous avons eu cette idée, à la fois dans les Ministères et à la fois dans les Loges et les Loges justement combinent à la fois la nécessité du bien public et la progression mentale, l’arrivée vers l’âge mental adulte du Français ; eh bien nous avons fait ... un phénomène de récupération. Cela s’appelle en sociologie, la récupération. Ceci m’avait été enseigné par tous les professeurs de sociologie et d’université, la récupération c’est la prise par l’idéologie dominante de la contestation qui est dans la rue. Comme cela les deux trouvent satisfaction, l’un est satisfait et l’autre peut légiférer en matière de conformité.

Tout ceci a commencé effectivement par l’accouchement sans douleur. Il a pu montrer, sur le plan philosophique, qu’il existe une interaction entre la sociologie et la physiologie humaine et que de là, transformant le concept de vie on en est arrivé justement à redéfinir la contraception qui était le 1er acte.
Elle fut suivie par la redéfinition de la sexualité qui n’était pas que procréatrice ce qui impliquait aussi un changement dans les mentalités donc une transformation de la population qui allait déboucher sur la révision de la Loi sur l’avortement avec Madame Veil.
J’ai été personnellement au Cabinet de Michel Poniatowski qui était ministre de la Santé, à la Mort de Pompidou, où l’on préparait déjà la Loi qui devait devenir la Loi Veil. Giscard d’Estaing a effectivement pris à son compte cette loi, qui a été un des arguments majeurs de sa candidature. La loi sur l’avortement a été le point de départ d’autres dispositions de redéfinition du concept de vie. Cela nous a permis dans la suite de notre programme de passer à la procréation médicalement assistée ; il a fallu modifier un certain nombre de textes. Enfin avec notre ami le Sénateur Caillavet, mon Frère bien aimé, nous avons fait et créé l’association pour le droit de mourir dans la dignité. Cela impliquait que l’homme, depuis la naissance, depuis la conception jusqu’à la mort avait une participation dans laquelle son point de vue importait et prévalait sur celui des religions. (interview .. lien mort en cache sur google)

Heureuse philosophie que celle de notre début de siècle dans laquelle enfin l’individu peut joindre à son système de réflexion - lorsque l’on vient de lui décrire la fin du déterminisme ce que tous les scientifiques d’aujourd’hui s’accordent à trouver - un avenir qui est justement celui de cette morale évolutive, ... basée effectivement sur l’étude des sciences, parce que les sciences libèrent l’homme, le détachent de ses certitudes ancestrales qui étaient branchées sur la peur et sur la nécessité de la protection. Désormais cette philosophie de l’affranchissement de l’individu est donnée au citoyen craintif d’aujourd’hui qui ne sait à quelle philosophie se raccorder, la possibilité, ... de se trouver lui-même d’abord par la méthode initiatique, et ensuite de s’inscrire dans le cycle des découvertes scientifiques qui retracent et redessinent notre humanité. Eh bien voilà de quoi réjouir nos contemporains et je pense que la Grande Loge de France s’attache bien à cet exercice. (interview de Pierre Simon en 2005)

Je parlais bien de laboratoire de société ce qui veut bien dire que nous nous attachons non pas à transformer les idées, les idées elles sont secrétées par les Frères et par les Loges, mais ce que nous nous attachons à transformer, c’est la société. Et c’est en injectant nos frères dans la société que nous arrivons à la transformer. Et c’est là le grand problème.
Vous me demandiez ce qu’on a fait depuis la contraception : d’abord il faut bien rappeler que le fait contraceptif est né d’une idée philosophique qui est celle de la libre disposition de l’individu face à son destin, le franc-maçon ne subit pas le destin, le franc-maçon façonne le destin, c’est une première chose.
Et à la Grande Loge de France où il existe une liberté conceptuelle, nous pouvons aller plus loin ; c’est ce qui fait que dans la plupart des problèmes que nous envisageons ce sont les Frères de la Grande Loge de France qui ont été à l’origine des transformations législatives. (interview de Pierre Simon en 2000)