Qui perd si Sarkozy gagne ?
La gauche est dans son rôle en affirmant qu’elle veut « Sortir Sarkozy », ce manant qui a privé le « parti du bien » de sa place à la tête du pays.
Les réactions les plus intéressantes sont cependant celles de tous les « humanistes » de l’UMP. Ils tremblent à l’idée que Sarkozy soit élu après avoir fait une campagne d’ouverture à droite. Les adorateurs du Moloch-Baal républicain qu’est le cordon sanitaire contre le FN seraient vaincus si Sarkozy gagnait. Ils triompheraient s’il était défait. La voie serait alors libre pour Juppé, Copé ou Fillon qui pourraient dire qu’il est impossible de gagner quoi que cela soit en s’alliant avec le FN. L’UMP éclaterait peut être, mais sans que son aile droite puisse espérer gagner des élections.
L’analyse menée par
Polémia ou par
Frédéric Salmon convergent aussi pour dire que le FN ne doit pas s’attendre à avoir autant de voix aux législatives qu’aux présidentielles. Son espoir d’avoir un groupe parlementaire en profitant d’une défaite de Sarkozy est en effet assez faible.
Le résultat peut être extrêmement serré entre Hollande et Sarkozy.
Dans un pays où
le total des votes de gauche ne s’élève qu’à 43%, la victoire de Nicolas Sarkozy n’est pas impossible.
Les médias dominants annoncent la victoire de François Hollande, comme ils annonçaient avant le premier tout de Mélenchon allait faire un très bon score et que Marine Le Pen était dans les choux. Le retard de Nicolas Sarkozy dans les sondages peut donc être en grande partie fictif et
les 3,5% qui lui manquent encore peuvent se réduire à presque rien.
L’analyse géographique des résultats électoraux montre des signes de rapprochement des électorats des trois droites françaises, des centristes, des libéraux et des nationalistes.
Les gains de François Bayrou en 2007 s’étaient faits au détriment des socialistes et que ceux-ci ont reconquis les territoires qu’ils avaient perdus. Ce qui reste du vote Bayrou risque donc plus de se reporter sur Sarkozy que sur un candidat socialiste qui multiplie les promesses de dépenses et d’endettement supplémentaire. Elle montre aussi que les électeurs de l’UMP et du Front National viennent largement des mêmes régions, le bassin parisien et l’est, mais pas des mêmes quartiers. Cette analyse géographique montre aussi que les électeurs de l’UMP ou du Nouveau centre acceptent bien plus facilement de se reporter sur le Front National.
Le poids des électorats charnières.
Une élection peut se faire par le basculement d’un très petit nombre d’électeurs, et rien n’interdit de penser que la présidentielle de 2012 pourrait se jouer sur quelques milliers de voix ou quelques centaines.
On a l’habitude de penser que seuls les centristes peuvent jouer ce rôle, ce qui n’a rien d’évident. Pour les droites, ce sont les abstentionnistes et les catholiques qui peuvent faire gagner ou perdre une élection. L’abstention est faible pour cette élection, les catholiques se retrouvent donc en position d’arbitres. Qu’ils soient centristes, libéraux ou nationalistes, les catholiques peuvent être la petite frange électorale qui fait que les reports de voix deviennent suffisants pour faire élire Sarkozy.
Ils peuvent aussi faire le pont nécessaire entre des électorats qui partagent les mêmes valeurs, mais pas les mêmes intérêts. Ils peuvent obliger la droite libérale à modérer son goût pour la mondialisation et les délocalisations et lui apporter des idées sociales qui ne soient pas socialistes. Ils peuvent aussi être ceux qui montrent le chemin de la réconciliation entre des partis qui se sont mutuellement auto déchirés depuis 1986.
Voter pour un processus plutôt que pour un bilan.
Les 5% de mieux entre Sarkozy et ce que faisait son prédécesseur Chirac sont certes très insuffisants pour renverser vraiment la tendance du pays. Ils sont cependant à mettre en balance avec ce qui suivra.
Le bilan de la première présidence Sarkozy est franchement médiocre, du point de vue des « points non négociables » comme de celui du Bien commun. Libéralisation du travail du dimanche, introduction du « Gender » dans les programmes scolaires, mise en place d’Hadopi etc… Le président de la réforme a aussi été très modéré dans son application, qu’il s’agisse des retraites ou de la dette. Un vote sanction d’une droite incohérente est donc tout à fait compréhensible.
Le bilan possible d’un héritier de Mitterrand serait lui encore plus désastreux. Les promesses de dépenses (et donc de faillite postérieure) et de destruction des familles et des enfants par l’adoption homosexuelle, et des vieux par la faillite et l’euthanasie sont bien connues.
Il ne faut pas oublier que François Hollande est aussi l’héritier du sectarisme socialiste. Il perpétue en effet le piège Mitterrandien
en demandant la démission immédiate de Gérard Longuet pour avoir dit que le Front National pourrait être un « interlocuteur » légitime. L’une des marques des socialistes au pouvoir, c’est l’épuration très soigneuse et très rigoureuse des médias, la liberté de la presse, y compris sur internet, risque de souffrir de l’élection de Hollande.
Si le bilan est très médiocre, il est pourtant peut être nécessaire de faire passer le candidat dans le quinquennat supérieur. En espérant qu’il fera de réels progrès.